Enfants soldats!
Malgré les progrès réalisés grâce à la campagne mondiale pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats et au Protocole facultatif à la Convention des droits de l’enfant, des milliers d’entre eux sont encore victimes de graves violations de leurs droits
Les enfants soldats : un problème mondial
Alors que les conflits armés se multiplient à travers le monde, de plus en plus d’enfants sont exposés à la violence de la guerre. Dans beaucoup de pays, des garçons et des filles sont recrutés, de force ou de leur plein gré, par les forces gouvernementales et les groupes armés. Cet enrôlement peut être le résultat d’une manipulation ou s’expliquer par des facteurs tels que la pauvreté et la discrimination. Les enfants sont souvent enlevés à l’école, dans la rue ou chez eux. Une fois enrôlés, ils doivent s’acquitter de toute une série de tâches. Si beaucoup prennent part aux combats, d’autres sont utilisés à des fins sexuelles ou comme espions, messagers, porteurs ou domestiques. Certains doivent également poser ou enlever des mines terrestres. De nombreux enfants remplissent plusieurs rôles à la fois.
Les enfants s’engagent pour différentes raisons. Dans les pays qui sont déjà frappés par la pauvreté, la guerre tend à aggraver la situation économique et sociale, ce qui fait que les familles connaissent encore plus de difficultés. Du coup, pour être en mesure de manger quotidiennement et de survivre, certains enfants rejoignent les forces gouvernementales ou les groupes armés. Par ailleurs, les conflits perturbent l’éducation des enfants. Quand les écoles sont fermées, ils n’ont guère de perspectives et il est plus facile de les pousser à s’enrôler.
Lorsqu’un conflit se prolonge, les forces gouvernementales et les groupes armés ont davantage tendance à recourir aux enfants soldats pour regarnir leurs rangs, d’autant plus qu’il existe des armes légères et de petit calibre qui sont faciles à porter, qui ne coûtent pas cher et qui peuvent être facilement manipulées par des enfants de dix ans ou moins.
Les enfants soldats se voient voler leur enfance et sont souvent victimes d’actes d’une grande brutalité. Les témoignages abondent d’enfants que l’on a drogués avant de les envoyer au combat et que l’on force à commettre des atrocités contre leur propre famille, de façon à détruire tout lien familial et social. Les filles sont souvent utilisées à des fins sexuelles ; elles sont généralement attribuées à un chef et parfois victimes de viols collectifs.
Il est difficile de déterminer le nombre d’enfants recrutés et utilisés pendant des hostilités. Les recherches indiquent que 300000 enfants soldats sont exploités dans plus de 30 conflits à travers le monde, mais en fait personne ne connaît le nombre exact. Des efforts sont actuellement déployés pour réunir des informations plus fiables sur l’utilisation des enfants soldats et pour compiler systématiquement les données concernant les effets de la guerre sur ces enfants.
La campagne internationale en faveur du Protocole facultatif
Malgré les progrès réalisés ces dix dernières années dans le cadre de la campagne mondiale visant à mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats, beaucoup d’enfants continuent d’être exploités au cours des conflits et envoyés sur les lignes de front. Le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, qui est entré en vigueur le 12 février 2002, constitue une avancée importante, puisqu’il renforce la protection juridique des enfants et contribue à empêcher leur utilisation dans les conflits armés.
L’âge minimum de participation directe aux hostilités, fixé à quinze ans dans la Convention relative aux droits de l’enfant et dans d’autres instruments juridiques, est porté à dix-huit ans dans le Protocole facultatif. Par ailleurs, ce dernier interdit que les moins de dix-huit ans fassent l’objet d’un enrôlement obligatoire dans les forces armées et exhorte les États parties à relever à quinze ans l’âge minimum de l’engagement volontaire. Les pays qui autorisent l’enrôlement volontaire dans les forces armées nationales avant l’âge de dix-huit ans sont appelés à mettre en place des garanties strictes. Enfin, toujours en vertu du Protocole facultatif, les groupes armés qui sont distincts des forces armées d’un État ne doivent en aucune circonstance enrôler des personnes de moins de dix-huit ans, que celles-ci soient volontaires ou non.
L’entrée en vigueur du Protocole facultatif représente un grand progrès pour les enfants, mais elle ne résout pas le problème des atteintes aux droits humains que subissent quotidiennement des milliers d’enfants soldats. Elle devrait simplement être perçue comme une avancée importante dans un processus qui passe par la ratification généralisée et l’application systématique du Protocole facultatif. L’objectif final, mettre un terme au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats, ne sera atteint que s’il existe une volonté politique, si la mise en œuvre du Protocole facultatif par les États est soumise à un contrôle strict, si les pays rendent des comptes à ce sujet et si les droits de tous les enfants constituent une priorité, non seulement pendant mais aussi après les conflits.
Source : Guide du Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés (en anglais). Produit par l’UNICEF et la Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats (en anglais)